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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 23:23

Kinshasa, le 21 mars 2015

Le Kasaï est à la fois le nom d’une province et d’une rivière. Une rivière de plus de 2 200 km qui prend sa source en Angola. On peut le considérer comme un sous-bassin du bassin du Congo, tellement il est alimenté par un nombre important d’affluents : la Lulua, le Sankuru, le Kwango, le Kwilu et la Fimi qui absorbe la Lukénie et l’exutoire du lac Maï Ndombé à Kutu.

Pour visiter le fief de mon père il fallait prendre l’avion jusqu'à Kisangani et ensuite descendre le fleuve. Pas d’avion cette fois-ci pour le Kasaï cher à ma mère. Les mamans sont toujours plus proches de nous. Mon futur voyage commencera par la « route du Bandundu » qui nous amènera à Bandundu-ville où mon bateau nous attendra. Une journée entière sur le bitume. Un voyage au bout de la pauvreté. Je pourrai toucher du doigt les dégâts causés par les programmes inadaptés de la coopération internationale. La nationale « Un ». Une route refaite par l’Union européenne qui a coûté un millions de dollars au km. Elle traverse avec nonchalance des villages sans écoles, sans eau courante, sans sanitaires. Je ferai attention de ne pas manger de cassoulet la veille du départ. Rien avoir avec l’autoroute « Bruxelles-Anvers », jalonnée de stations-services, engorgée de camions-remorques qui dispatchent les cargaisons du port d’Anvers aux quatre coins de l’Europe. A l’heure de point sur la route du Bandundu, on croise un camion toutes les deux heures. Ils sont chargés de charbon de bois et de produits agricoles. Avec trois mille dollars je pourrais acheter toutes les marchandises que je croiserai en une journée. Mais ensuite que faire de tout ce charbon ? Un produit peu couteux, qui dépouille la savane de ses arbres.

Douze millions d’individus détiennent la moitié du patrimoine marchand de l’humanité. Pour des milliards de femmes et d’hommes, notre planète est un enfer économique. Bientôt je croiserai sur mon chemin des enfants joviaux, de jeunes gens hilares et des vieillards édentés souriants. Je sais que j’aurai envie de leur demander d’arrêter de rire. En enfer - par définition - on est censé pleurer. Puis je choisirai au hasard un village pour haranguer la foule. Devant des paysans médusés par ma verve oratoire, j’expliquerai ce que le FMI nous a fait subir durant les années ’80 : plans d’austérité, programme « foireux » d’ajustement structurel, blocage des crédits, taux d’intérêt usurier, libéralisation forcée des flux de capitaux, dévalorisation de notre monnaie nationale. Notre monnaie ne s’en est jamais remise, elle est quasi morte. Nous sommes complètement « dollarisés ».

Exsangues et soumis à d’odieux chantages, nous avons été forcés de brader nos mines par des contrats léonins difficiles à renégocier. Notre forêt primaire est sous tutelle pour des raisons climatiques. On parle de transférer les eaux du bassin du Congo vers le lac Tchad qui s’assèche. On veut toucher au fleuve Congo de mon père et s’en prendre à la rivière Kasaï de ma mère. Ce que je ne laisserai jamais faire. Je terminerai mon discours enflammé en parlant aux villageois des trois « D ». Ce ne sont pas trois diables qui rôdent la nuit dans la savane, mais un dogme que les financiers ânonnent à longueur de journée : la dérégulation, la désintermédiation et le décloisonnement. Pour m’assurer que tout le monde m’ait bien compris, j’offrirai une prime de 100 dollar à celui qui pourra traduire en dialecte locale l’expression : « capitalisme triomphant ».

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commentaires

Pivoine 09/04/2015 04:39

Triste réalité!

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