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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 01:07

Kinshasa, le 22 mars 2015

Les Bayaka sont la première peuplade que je vais rencontrer sur la route du Bandundu. Les pauvres, ce sont eux qui auront à subir mon réquisitoire contre la finance internationale. Ils occupent un grand territoire entre le moyen Kwango, la rivière Wamba et l’Inzia. Leur chef « le Kiamfu » dépend de l’empereur des Lunda le « Mwata-Yamvo ». Le chef coutumier exerce un pouvoir ancestral héréditaire pas nécessairement de père en fils, mais doit appartenir à une famille princière. Il assoit son autorité sur sa capacité à agir sur les forces de la nature et son sens du compromis. Il vit de l’exploitation de ses terres. Une taxe en produits agricoles lui est accordée par ses sujets. La richesse culturelle des Bayaka s’exprime par la variété de leurs masques souvent caractérisés par des appendices latéraux en forme de cornes. J’adore leurs portes sculptées dans du bois massif. La danse fait partie intégrante de l’éducation sexuelle. D’ailleurs la rumba congolaise était à l’origine une danse initiatique de cette nature-là. Pour bien la danser, les nombrils doivent se toucher.

Les sujets du Kiamfu sont aussi des citoyens de la république. Notre chère république démocratique du Congo. Je me demande à quel ordre social, administratif et moral ils appartiennent réellement. Ils ont un pied dans la modernité et le reste du corps dans la tradition. Ils dansent au rythme du tam-tam et ensuite s’agglutinent en-dessous d’une antenne parabolique pour suivre les émissions du bouquet Canal+. Ils en savent plus sur François Hollande que sur le gouverneur de leur province. Tout le monde a un téléphone portable. Le soir ils complotent avec le sorcier du village et le matin ils se confessent auprès du curé de la petite chapelle en bois. Sur leur mur en argile un crucifix est accroché et dans une malle au fond de la case des fétiches s’entassent.

Kinshasa, le 23 mars 2015

La fraternité n’est pas à rechercher, elle fait partie de notre ADN. La liberté est une notion relative, plus complexe. Etre libre pour faire quoi ? Pour courir à perdre haleine dans la forêt ? Pour plonger nu dans la rivière ? Sous le sapelli de 50 m de haut, la liberté d’expression est garantie. Les notables et les vieux du village ont de réelles prérogatives qui peuvent pousser un chef incompétent à la démission. Le vote n’existe pas. La palabre se prolonge jusqu’à l’aboutissement d’un compromis. A la clôture des débats, le chef prend la parole pour faire la synthèse. Le gros problème dans les villages, c’est l’absence d’égalité. Et ceux qui se croient supérieurs aux autres abusent de leur pouvoir. L’abus de pouvoir est non seulement une injustice, mais il constitue un frein au développement. La révolution française n’a pas franchi le Sahara. Napoléon avec son droit civil n’est pas parvenu jusqu’à nous. Comment respecter la constitution dans un pays où la notion de contrat n’est pas tout à fait assimilée ? Ni le système métrique d’ailleurs.

Comme j’aimerais parler à ma Pénélope kinoise avant de partir au Kasaï. Je me pointe aux endroits où elle a l’habitude de passer, mais je ne la vois pas. J’ai appelé ce matin sans succès. Son téléphone n’a pas sonné. Peut-être elle est à l’étranger ? A moins que je ne sois « blacklisté ». C’est une option qui existe sur plusieurs appareils. Je ne vais quand même pas faire le pied de gru devant l’aéroport international de N’djili ! Tout ce que je demande, c’est d’avoir de ces nouvelles. Je pense que - d’une certaine façon- le silence est aussi une forme d’abus de pouvoir.

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