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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 12:34

Kese Amont vendredi 24 avril 2015

Le Kasaï s’élargit, le courant baisse d’intensité. Nous venons de quitter le chenal. Les balises en maçonnerie et les bouées rouges ont disparu. Dans ce tronçon de 352 km que nous abordons, les capitaines suivent les indications fournies par les signaux de rives accrochés aux arbres. Comme la rivière a une humeur changeante, sa trajectoire navigable se modifie journellement rendant désuète ou peu fiable toute forme de balisage. Des piroguiers-pilotes nous accostent afin de nous indiquer le méandre qu’il convient de suivre entre les bancs de sable mobiles. Ceux qui prétendaient connaître le Kasaï par cœur se sont ensablés. Le monde féminin est imprévisible.

Ma cuisinière manque d’ingrédients. Ses plats aussi sont imprévisibles. La forêt grouille d’animaux, ce n’est pas le cas de la savane que nous traversons. Je doute qu’elle puisse nous refaire sa spécialité : le serpent aux piments rouges. Le grand arbre albinos qui dominait la forêt équatoriale me manque. Des éperviers traversent le ciel d’est en ouest, tandis que deux aigles (des palmistes pèlerins) vont vers la forêt sur la rive droite, au nord du Kasaï. Toujours pas de poissons, les piroguiers n’ont que de l’eau potable à proposer.

Sur les berges, les villages se font plus fréquents. Les maisonnettes sont en briques avec une toiture tantôt en chaume tantôt en tôles. Rien à voir les cases préhistoriques du nord du pays. Des pelouses vertes bien taillées entourent les habitations où paissent tranquillement des vaches brunes. On se croirait dans une petite Suisse tropicale perdu dans l’antiquité, mais ici pas de chocolat, pas de banquiers véreux, pas de fraudeurs fiscaux cachés derrière un arbre.

Nous accostons à Kase Amont un village en face de Kese Aval. Nous sommes toujours chez les Basakata. Le chef du village torse bombé, debout devant sa paillotte royale, m’impressionne dans sa tunique rouge, toque rouge, sandales rouges. Il nous demande du whisky et nous lui offrons une bière à la place. Je demande à ma cuisinière de se cacher pour qu’elle ne soit pas retenue de force par ce monarque qui pourrait succomber à son charme.

Samedi 25 avril 2015

Sur notre parcours, les pâturages se multiplient. Il y a des vaches, mais pas d’abattoir. En revanche mes émotions ressemblent à une véritable boucherie. Des sentiments divergents me ravagent le cœur. Aimer ou ne plus aimer cette Pénélope kinoise qui me tourmente. Je ne peux même pas me venger et exercer mon droit de cuissage sur la cuisinière, d’abord ce n’est pas mon style de femme, ensuite sa fille est toujours dans les parages comme une sentinelle sur son qui-vive prête à lancer l’alerte. J’aurais dû demander au chef coutumier de Kese Amont de m’accorder une vierge effrontée pour chauffer mon matelas gonflable hier soir, à la place j’ai posé un drap en coton amidonné sur le synthétique qui est vraiment très froid.

Trouverai-je une jolie fille chez les Ngoli, une sous-ethnie des Bayanzi ? Nous nous sommes arrêtés chez eux à Panu-cité pour nous ravitailler. Dans un magasin de quincaillerie, c’est la surprise du voyage qui nous attend. Le vendeur est chinois. Je veux immortaliser cette scène incroyable, mais il crie : « Pas photo ! Pas photo ! ». Sur les étales du marché, quelques légumes, du menu fretin, pas de gibiers. Le gibier est sur la rive droite, chez les Kundo - une tribu de l’ethnie Anamongo - mais ceux-ci en interdisent l’accès aux Ngoli, aux Nzadi, aux Lori, aux Banunu. La forêt, c’est leur chasse-gardé. Une ressource naturelle renouvelable et durable. Je sens une tension larvée entre les chasseurs-cueilleurs et les éleveurs-cultivateurs, car les Kundo lorgnent sur les champs de maïs et les vaches en semi-liberté. Une guerre de civilisation ou plutôt un conflit entre différentes façon de gérer la nature.

Pas de conflit amoureux, ni d’entente. Toujours aucun appel téléphonique, alors que j’ai de nouveau du réseau. Peut-être le silence de ma Pénélope kinoise est dû au fait que ses sentiments sont ballotés entre son attirance pour moi un artiste aventurier et son attachement à un rentier pantouflard bourré de fric qui offre de l’assurance à défaut de son charme ? Son cœur et sa raison se livre une partie d’échecs dont l’issue est incertaine.

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