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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 14:43

Kinshasa, le 13 octobre 2015

Plus rien ne m’inspire. C’est ce qui explique mon long silence. Chers lecteurs et lectrices pardonnez votre humble serviteur. Je viens de passer quatre mois en Belgique. Un séjour agréable qui m’a permis de visiter une dizaine de villes flamandes avec leur béguinage, leur beffroi et leur superbe Grand Place. J’ai des images de musée plein la tête. Le plus impressionnant fut sans doute la visite de la maison de Rubens à Anvers. Mais loin du fleuve Congo -ma muse- je ne parviens pas à écrire. Kinshasa, non plus ne m’inspire pas. Cette ville est trop bruyante. Les taxis -sans enseigne- klaxonnent pour attirer l’attention d’éventuels clients qui très souvent préfèrent se déplacer à pieds sur des km. A sept heures, je suis réveillé par le cliquetis des cireurs de chaussures qui frappent leur brosse sur un morceau de bois qui sert de pose-pieds. Heureusement, j’ai un coffret de 28 CD de Vivaldi pour essayer de camoufler cette cacophonie. J’écoute du Vivaldi comme certains écoutent du hard-rock, le volume à fond.

Mon manque d’inspiration ne m’empêche pas de donner de mes nouvelles. Qu’ai-je fait de bon depuis mon retour à Kinshasa ? D’abord visiter la famille. Tout le monde se porte bien. Mon père me manque. Son mausolée est presque fini. Ma mère est restée à Bruxelles. Elle aussi me manque. Je suppose que je lui manque aussi surtout pour faire ses courses au supermarché. Avoir fait Solvay (Ecole de Commerce) et ensuite passer des journées entières à faire des courses au Carrefour, tel était mon triste sort à Bruxelles. Mais comment lui dire sans manquer de respect que j'avais des livres à terminer et des projets à rédiger ? Depuis mon retour au pays, je peux reprendre mon travail d’homme d’affaire indépendant avec la certitude de ne pas être interrompu pour aller acheter une botte de persil, de l’ail ou des échalotes.

Ce matin j’écoute le vingt-deuxième CD qui vient d’ailleurs de se terminer. Je vais me lever prendre la télécommande pour le refaire jouer et avant cela j’aurai pris soin de sauvegarder mes écrits car les coupures d’électricité sont fréquentes, choses auxquelles je n’étais plus habitué. Triste réalité d’un pays en développement. L’eau est plus régulière, bien que non potable pour un ventre fraîchement débarqué d’Europe. Il est neuf heures. Mon domestique est en retard. Sacré Jean ! Un gentil garçon. Poli et serviable, mais certainement pas corvéable car il lui arrive souvent de dormir alors qu’une pile de linge attend d’être repassé. Ma nouvelle machine à laver Samsung fait des merveilles et Jean est pris de vitesse. Parfois il fredonne des airs de Vivaldi. Je me demande s’il apprécie vraiment ce genre de musique. Un jour j’installerai des caméras de surveillance dans la cuisine juste pour voir les expressions de son visage quand j’ai le dos tourné.

Cette musique m’apaise et m’accompagne dans mes réflexions. Mon rituel matinal est immuable, je commence la journée en essayant de résoudre un problème tiré de mon livre sur les échecs. La solution du jour fut facile à trouver : il s’agissait d’une rupture de ligne qui se termine par un mat avec deux fous. On sonne, c’est Jean. Alors que les violons de Vivaldi se déchaînent dans un rythme endiablé, je le fixe. S’il ose fredonner un quelconque son, je le vire sur-le-champ. Je serai intransigeant. Dans le droit du travail, on appelle cela «licenciement pour faute grave ». Narguer son patron, c’est totalement inadmissible. En attendant je n’ai rien à manger pour mon petit déjeuner. Il faut qu’il aille m’acheter un ananas et des avocats au marché. Pas de charcuterie, j’ai une taille à récupérer.

Mes infusions bio de fenouil me font le plus grand bien pour la digestion. Bientôt un ventre plat, si je continue sur cette lancée. Les dimanches matins je cours au bord du fleuve et les mercredis je participe au cours d’aérobic. Je précise : un mercredi sur deux. Il me faut un certain temps de récupération, je n’ai plus vingt ans. Et pourtant, je porte bien mon âge. Je suis un jeune cinquantenaire relativement bien entretenu.

Mes prières n’ont pas été entendues. Apparemment Dieu ne peut rien faire contre cela. Evidemment le diable se délecte de la situation. Je crois que je l’aime toujours – ma chère Dulcinée -, mais je parviens quand même à moins penser à elle. Aimer sans penser, c’était peut-être cela la combinaison gagnante dans cette partie. Car les femmes savent quand on les aime et sentent quand on pense moins à elle. Comme elles n’aiment pas perdre, elles se manifestent à ce moment-là. Bientôt nous nous verrons. Rien que nous deux quelque part pour un tête-à-tête. Les retravailles et les départs sont toujours des moments émouvants, il suffit de voir ce qui se passe dans les gares et les aéroports. Je suis fatigué des aéroports. A peine arrivé à Kinshasa, j’ai dû passer quelques jours à Mbandaka pour préparer mon projet de pêche.

On sonne de nouveau. Ce n’est pas Jean comme je le pensais, mais mon coiffeur. C’est vrai j’avais oublié : aujourd’hui on est mardi. Par inadvertance il m’a rasé les sourcils. Pour corriger sa faute, il me prose de mettre du crayon noir. Je refuse car avec mon jean’s moulant et mes baskets orange achetés à Anvers je perdrais toute ma virilité chèrement retrouvée grâce à ma salle de gym.

Enfin Jean est de retour.Il faut que j’aille découper moi-même mon ananas pour d’évidentes raisons d’hygiène. Au passage, je remets une fois de plus le vingt-deuxième CD de Vivaldi qui m’accompagnera toute cette matinée.

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alain Bomboko - dans humour
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