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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 09:35

Kinshasa le 30 octobre 2015

Je plains les hommes qui vivent avec les femmes qui m’aiment, car je soupçonne ces femmes de s’ennuyer terriblement avec eux. Je sens leur envie de me revoir. J’entends parfois leurs appels au secours qui me déchirent le cœur quand elles me répètent sans crier mais avec insistance : « Tu viens quand ? Tu rentres quand ? ». Bien sûr, je souffre aussi de mon côté. Je suis toujours très triste de prendre l’avion car je sais que je m’éloigne d’une personne aimée. Ne pas se voir, je le supporte. Mais ressentir l’absence ou l’impossibilité de se croiser, même par hasard, c’est très dur.

Roméo et Juliette, c’est le drame d’une vie sans smartphone. Si cet appareil n’existait pas, c’est sûr que je serais allé m’accrocher aux grillages de sa demeure pour lui crier mon amour. Je me serais battu avec son concierge pour tapage nocturne. J’aurais croisé le fer dans un duel avec son mari jaloux. J’attendrais des heures en haut d’un arbre au coin de sa rue pour la voir passer. Je traverserais la Méditerranée en pirogue comme un réfugié Sénégalais. Je me laisserais dériver par les courants marins pour atteindre les côtes américaines, le corps miné par le scorbut. Grâce à une simple pression sur une touche, ses photos défilent. Un simple numéro et j’entends sa voix qui me demande : « Tu viens quand ? Tu rentres quand ? ».

Sur mon clavier je compose un poème que je lui enverrai par e-mail après avoir téléchargé une de ces photos découverte sur Facebook. Nous sommes dans un monde moderne. Les femmes promises à devenir les favorites du roi sont de nos jours des dirigeantes d’entreprise. La future jeune maîtresse censée « chauffer » le lit du prince termine ses études universitaires, prête à construire son indépendance financière. Sans couronne, sans favorite, sans maîtresse, je me retrouve célibataire. Comment faire pour revenir mille ans en arrière ? La solitude des villes, un verre de trop font parfois tomber nos masques solidement accrochés. On retrouve alors les bonnes vieilles habitudes de l’ancien régime, loin des codes actuels de bonne conduite. Il faut ensuite effacer toute trace. Vite un coup de rouge-à-lèvre. Redresser la cravate. Ne pas se promettre fidélité pour ne pas se mentir inutilement, mais jurer d’être discret. Nous regagnons en silence nos cages d’une société moderne et civilisée. La suite se jouera dans les regards, sans un mot.

Ma vie sentimentale est à l’abri de cette hypocrisie mondaine. Les femmes qui m’aiment le savent. Elles appartiennent à un monde à part, gouverné par la musique et la littérature, des valeurs que nous partageons. C’est pour cela qu’elles s’ennuient loin de moi. Justement un sms s’affiche sur l’écran de mon smartphone, une photo de femme apparaît suivie d’un message : « Tu viens quand ? Tu rentres quand ? ».

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