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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 11:58

Kinshasa le 06 novembre 2015

J’habite sur le boulevard du 30 juin, l’artère principale de la ville de Kinshasa. L’équivalent des Champs Elysée ou de l’avenue Louise à Bruxelles. Mon appartement se situe au cinquième étage d’un immeuble vieilli. A partir de la rue il est facile à reconnaître, c’est le seul appartement où aucun vêtement ne pend au balcon, car j’ai récemment investi dans un séchoir.

Je suis contre la torture, je n’ai donc pas offert mes pinces à linge obsolètes à la police de Kinshasa, ni au club sado-maso de Barumbu. Je les ai données à Jean. Il pourra les partager avec ses voisins. Trente pinces à linge, c’est trop pour sa seule garde-robe. Il y a des inventions qui ont bouleversé le monde comme le transistor ou les micro-processeurs. Mon séchoir a profondément changé la vie bien réglée de Jean. La routine a été brisée. Lundi, c’était la lessive. Mardi, les vêtements pendaient au soleil sur le bacon de mon immeuble dans la plus belle avenue de Kinshasa et mercredi il procédait au repassage. Mes sous-vêtements mauves aux couleurs d’Anderlecht étaient exposés à la ville et au monde. Le temps s’écoulait ainsi dans la lenteur du fleuve Congo qui longe la capitale en ne dépassant pas 3 km/h. Mes habits dégoulinaient goutte après goutte. Les jours de pluie tout était trempé, une sorte de rinçage supplémentaire qui créait un décalage dans le programme de Jean. Aujourd’hui, tout s’est accéléré à la vitesse de la lumière. Jean a fait un bond dans le futur. Le lundi matin, c’est toujours la lessive. Mais deux heures après, les habits passe au séchoir et à quatorze heures ils sont prêts pour le repassage. Le pauvre, il a perdu ses repères. Je sens qu’il lui faudrait un psychologue du travail. Je le surveille. Il serait capable de vandaliser mon séchoir.

Les malheurs de Jean me rappellent l’électrification du village natal de mon père à 300 km de Mbandaka dans la forêt équatoriale. Le progrès a parfois des conséquences inattendues. L’installation de la lumière avait fait baisser la natalité. Nous sommes revenus au village quatre ans plus tard, la natalité avait repris mais les réverbères du village étaient tous hors d’usage bien que le réseau électrique fonctionnait parfaitement. Un pygmée, co-auteur de la destruction de l’éclairage public, s’est confié à moi en me disant qu’il était incapable de s’approcher de sa femme la nuit en regardant son visage. Sa femme pygmée avait probablement le même blocage. J’ai trouvé cela logique. Depuis 20 mille ans, cela s’est toujours passé dans l’obscurité absolue. Les nuits de pleine lune, ils peuvent deviner les traits du partenaire, mais le visage dans son ensemble reste flou. Pourquoi avons-nous changé les codes de ces rencontres nuptiales ? Qui sommes-nous pour bouleverser le mode de vie d’honnêtes citoyens ? J’ai donc demandé avec toute mon autorité au responsable technique - en usurpant les pouvoirs de mon père - qu’aucun réverbère ne soit réparé. Ainsi j’ai pu rétablir la libido dans le village.

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