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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 22:17

Musique 2 le danseur

La musique de Zaïko coule dans mes veines, donc je danse constamment. Quand je marche, je danse. Même sur un terrain de foot. Partout et tout le temps. Les Congolais le savent, Zaïko nous a offert le plus grand danseur de tous les temps, Mbuta Mashakado. Comme le hasard fait bien les choses, il travaillait à la Sapa, une société de mon père. Le matin, il travaillait. Et le soir, il devenait une cigale comme moi. Pépé Fély jouait en fonction de Mbuta Mashakado. C’était la guitare solo qui suivait le danseur, contrairement aux apparences.

Lors d’une soirée dans une résidence du président Mobutu, je rencontrai ma toute première petite amie. Déjà je me prenais pour un roi, le fait de sortir avec une fille de la famille présidentielle a fait de moi un empereur. Plus rien ne me résistait, j’en étais persuadé. Et ce jour-là, c’était Zaïko qui jouait avec Pépé Fély à la guitare. A Bruxelles, au lieu d’étudier, j’écoutais des disques de Zaïko : « Chérie Verra ». « Sentiment Awa ». Et un jour au mois de juin, le moment fatidique arriva. Ce fut la proclamation des résultats scolaires. Une journée sombre que j’appellerais pudiquement « le jour de mon sacre à l’envers ». Un échec total. Sur ma tête, un gros bonnet d’âne trônait au lieu de la couronne que je croyais porter.

Ainsi, débutèrent les années quatre-vingts. Mon père fut nommé vice-premier ministre, mais cela ne changea rien à la situation du pays. La crise économique devint de plus en plus évidente. Dans notre parking à la maison, des Mazda commençaient à côtoyer les Mercédès. Une FIAT blanche intrépide et une Renault fourgonnette ont même osé franchir le portail pour s’installer chez nous. La voix de Mobutu à la radio devint moins autoritaire. Les belles paroles ne suffisaient plus. Des chocs pétroliers à répétition et le deuxième barrage d’Inga ont ruiné notre pays. Progressivement, les vautours du FMI vinrent sucer le sang orangé du cuivre jusqu’à l’écroulement de la mine de Kamoto, la plus riche. Comme un signe, Pépé Fély quitta Zaïko. Mon horloge interne se dérègla. Les journées devinrent plus courtes. Un hiver permanent. Les fêtes ne m’amusaient plus. J’ai donc décidé de me réfugier dans les études. Seul, je partis m’inscrire à l’institut Saint-Berthuin à Malonne, près de Namur. Mes frères et mes amis continuèrent la fête, sans moi. J’entrai en internat comme certains entrent au monastère. Le point positif, c’est que je me suis réconcilié avec mon père qui m’annonçait déjà que dans une dizaine d’années le régime du président Mobutu allait s’effondrer comme un château de cartes. Les Mercédès auront disparu. Mon cerveau bien formé me sauvera de la débâcle. A la surprise générale, je suis devenu un bon élève. Même le diable fut surpris.

Mais comment devient-on un bon élève ? Pendant mes six premiers mois à Malonne, je passais mon temps à espionner les bons élèves. Et à force de les imiter, finalement j’étais devenu comme un eux. L’esprit s’incarne dans le geste. Enfermé dans ma chambre, le plus difficile était de chasser les images de mes grandes vacances kinoises qui s’infiltraient furtivement dans mon cerveau entre deux versions latines. Ces fameux concerts de Zaïko.

Privé de Pépé Fély, les dieux ont eu pitié de moi. A l’école, je me suis lié d’amitié avec un élève guitariste, Pascal Romal. A la récré, il me jouait des morceaux. « La balade des gens heureux » de Gérard Lenormand. Francis Cabrel « Petite Marie ». Maxime Leforestier. C’est là que j’ai découvert Simon et Garfunkel.

- Que puis-je faire pour vous ?

- Je suis à la recherche d’une note.

- Je vois qui vous êtes, le chanteur m’a parlé de vous. Vous cherchez le la de quel instrument, d’un tambour ?

- Non. Je cherche le la du battement de cœur d’une femme amoureuse ?

- Malheureusement, je ne peux pas vous aider. Je ne suis pas poète.

- Mais qui êtes-vous alors ?

- Je suis un danseur. C’est moi qui fais danser le monde. Salomé devant le roi Hérode. Maurice Béjart, Mikaël Jackson, Claude François et même Mbuta mashakado de Zaïko, c’était moi. La valse, le tango, la rumba congolaise, la salsa, le kizomba. La danse s’infiltre partout, parfois de manière inattendue. Saviez-vous que les femmes dansent pour m’être de la grâce et de l’élégance dans les moments les plus intimes de leur vie. Les oiseaux ne volent pas, ils dansent dans les airs. Les poissons ne nagent pas, ils dansent dans l’eau. Mohamed Ali dansait sur un ring. Les bonds footballeurs et les grands basketteurs dansent avec le ballon sans le savoir. Le beau geste, c’est ça qui fait le spectacle.

- Est-ce que c’est vous qui faites danser les planètes autour du soleil ?

- Oui, c’est moi. La nature danse. Vivaldi l’avait compris en composant « les quatre saisons ».

- Donc, la femme de ma vie est une danseuse ?

- Probablement !

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