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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 01:47

Kinshasa, le 21 juillet 2016

Comment se fait-il que la musique, une suite de sons, parvient à nous émouvoir à ce point ? Je me pose cette question depuis longtemps, sans trouver une explication valable. J’ai acheté des livres de musique. J’ai fini par comprendre qu’il est impossible de définir par des mots simples ce qui est agréable à entendre. Avant moi, des philosophes se sont penchés en vain sur la question. Les scientifiques apportent des réponses insatisfaisantes, car le sentiment musical est ineffable, tout comme il est impossible de décrire l’inspiration qui crée une mélodie. L’émotion suscitée va au-delà du simple calcul des tons et des demi-tons. J’ai alors décidé d’apprendre – en autodidacte - l’harmonie pour essayer de percer le mystère. Chaque matin, avant le petit déjeuner, je passe en revue les gammes majeures-mineures et parcours le cycle des quintes. En étudiant la musique, j’ai découvert un monde fascinant, extrêmement bien organisé. Chaque note (appelée degré) a un rôle spécifique dans sa gamme, la sensible est attirée par la tonique. Comme dans une famille, les tonalités présentent des affinités entre elles, qu’il convient de respecter pour procéder aux modulations. C’est le principe des tons voisins.

A Kinshasa, mes voisins font du bruit. Le bruit est comme un loup qui s’introduirait dans la bergerie « musicale », juste pour créer du désordre. Je suis au cinquième. Au premier étage de mon immeuble, une discothèque a ouvert ses portes. Les samedis, elle est bondée. La musique m’empêche de dormir. Vers minuit, quand je descends au rez-de-chaussée, je croise dans les escaliers des couples improbables. Dans la pénombre, les nombres se touchent. J’ai envie de quitter la ville et son vacarme. Mais je sais qu’à la campagne, des tambours endiablés résonnent toute la nuit. L’alcool artisanal coule à flot. Des danseurs ivres entrent en transe. Des femmes, poitrine découverte, se trémoussent. La musique est partout et accessible à tous, de Kinshasa à Mbandaka, de New York à Tokyo, du Mali à la Nouvelle-Zélande. Ce phénomène mondial remonte à l’origine de l’homme.

Au Louvre, un papyrus représente un joueur de harpe devant le dieu Horus. Un peu plus loin sous une vitrine, des fragments de lyres assyriennes et des morceaux de flûtes sumériennes sont fièrement exposés. Les textes bibliques font souvent référence à la musique. Le cantique des cantiques. Salomé qui danse sans retenue pour le roi Hérode. Et Jésus qui change l’eau en vin au cours d’une fête, alors que les convives dansent jusqu’à l’aube. Aucune trace de notation musicale datant de l’Antiquité, nous est parvenue. Les Hébreux et les Romains n'ont rien laissé à ce sujet. Sans notation, les mélodies se perdent.

La transmission orale de la musique crée des imprécisions. Pour les profanes que nous sommes, ce n’est pas dramatique. Mais ces modifications agacèrent l’Eglise. Adaptés aux habitudes musicales locales, les chants « sacrés » des chrétiens devenaient méconnaissables d’un endroit à l’autre de l’Europe. Aussi Saint Grégoire-le-Grand, pape de 590 à 604, fit du retour à l’unité musicale le but principal de sa réforme. Il envoya partout des missionnaires chargés d’enseigner le chant religieux. Les morceaux se répétaient à l’identique dans tous les diocèses. La liturgie était respectée. Mais cela a eu une conséquence inattendue : la monotonie. Des lois trop restrictives interdisent la création. Une musique qui n’évolue pas meurt. Le seul moyen efficace d’imposer une formule musicale sine varietur, sans nuire à l’inspiration des créateurs, est d’écrire la musique.

Les premières notations étaient sommaires. Il ne s’agissait pas encore de notes, plutôt des signes mnémotechniques pour les chanteurs religieux. Au Xème siècle, on précisa la valeur et la durée des intonations. C’est le moine bénédictin Guido d’Arezzo (haut Moyen Age) qui attribua aux notes les noms qu’elles portent. Il faut attendre le XVème siècle pour que le système de notation soit perfectionné au point de revêtir globalement l’aspect que nous connaissons aujourd’hui.

Au XVIème siècle, Monteverdi s’imposa comme le créateur de l’opéra. Avec lui commence véritablement l’histoire de la musique occidentale. Il crée une rupture avec les règles complexes de la polyphonie traditionnelle. La mélodie acquiert une plus grande souplesse, l’instrumentation est à la fois sobre et plus subtile. Le XVIIème siècle est marqué par le génie de Jean-Sébastien Bach. Il lit et copie beaucoup de musique au point de perdre la vue, à la fin de sa vie. Il a intégré dans son œuvre les formes et les mélodies de ses prédécesseurs (Vivaldi). Cela fait de lui un acteur incontournable de l’histoire de la musique moderne. Au siècle suivant, est né un homme au talent exceptionnel, Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Dès l’âge de trois ans, il manifesta des dispositions encore jamais rencontrées chez un musicien. Il pouvait nommer les notes qu’il entendait. A six ans il improvisait de petites pièces et composa ses premières œuvres à douze ans. Sa mémoire prodigieuse lui permit d’écrire - dès la première écoute - les partitions du célèbre Miserere d’Allegri, appartenant au répertoire secret de la chapelle du pape. Au XIXème siècle, Richard Wagner porta à son apogée le système musical existant. Dans le domaine mélodique, il exploita à fond l’expression du chromatisme, à croire que son harmonie épuisa les immenses possibilités du système tonal.

Au XXème siècle d’autres horizons musicaux furent ouverts. Les musiciens commencèrent à s’émanciper des règles. Les dissonances devinrent de plus en plus fréquentes. En Amérique, les esclaves noirs créèrent le blues. Ces musiciens naturellement surdoués improvisaient à longueur de morceaux, en « torturant » les notes. A partir de la seconde guerre mondiale, leurs descendants venus combattre sur le vieux continent ont popularisé le jazz à Paris et dans les ports européens. La musique occidentale fut modifiée pour toujours. En Afrique, la rumba congolaise est jouée pour fêter la vague des indépendances, en ’60. La Salsa envahit l’Amérique Latine.

L’Histoire de la musique continue de s’écrire. Nous allons progressivement vers un métissage. Un mélange des genres. Le monde devient un village musical. Nous écoutons et nous dansons sans référence particulière. Et bientôt, plus personnes ne saura si c’est un Noir, un Coréen, un Blanc ou un Arabe qui joue. Plus personne ne se souviendra que Ré majeur comporte deux dièses à la clef. Il faut que je vous laisse. Il est minuit. Je vais exceptionnellement danser au premier étage, c’est la fête nationale de la Belgique.

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commentaires

Pivoine 09/08/2016 03:51

Ravie que mes choix musicaux te plaisent. Ben...je ne fais rien de spécial. J'écoute tous les genres musicaux, certaines chansons me plaisent ou me touchent plus que d'autres et je les partage selon le message que je souhaite transmettre puisque j'ai du mal à exprimer certaines choses( tu l'as déjà remarqué je pense ). He...dis moi, pourquoi tu m'as mise au regime littéraire hypocalorique depuis le mois de juillet? Tu n'as plus d'inspiration c'est ça? Alors retourne donc voir ta Pénélope kinoise et reviens avec de quoi me goinffrer loool.

Pivoine 22/07/2016 07:07

Ton immeuble est animé dit donc! lool La musique nous accompagne tout le long de notre vie, de l'état de l'ovulation au voyage éternel. En vacances jusqu'en septembre, zemement! Slimane : A fleur de toi : https://youtu.be/TtW_QqXN0Hc

Alain 23/07/2016 00:58

Émotion... Émotion....Émotion x 1 000.

Comment fais-tu pour trouver ces chansons ???

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