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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 20:45

AB Penthéra Pardus est de retour

AB Penthéra Pardus est de retour

Je suis AB-PPardus, léopard végétarien, l’ex-terreur de la jungle africaine, perché sur un arbre par amour à Bruxelles.

C’était le 14 février dernier. Le jour le plus long pour l’amoureux que je suis. Je me suis installé en haut d’un cerisier du Japon en face de son restaurant préféré, j’ai attendu toute la soirée, ma dulcinée n’est jamais venue. Dans la forêt équatoriale, les arbres sont sempervirents. Cela signifie qu’ils ont des feuilles vertes toute l’année. Ce n’est pas le cas en hiver à Bruxelles. La police communale de Wolluwé Saint-Pierre m’a repéré dans les branches dégarnies. Je me suis enfui, direction Anvers. Par chance un navire panaméen partait pour le port de Matadi au Congo. J’ai embarqué dans un conteneur rempli de vieilles voitures, des carcasses polluantes. Arrivé à destination, j’ai pris en cachette le train pour Kinshasa. Une voie ferrée meurtrière conçue par Stanley et Léopold II. La moyenne est d’un mort par traverse, donc il faut compter plus d’un mort par mètre lors de sa construction. Un bateau m’a transporté sur le fleuve Congo de Kinshasa à Mbandaka. J’ai débarqué la nuit. J’ai couru trois cents kilomètres pour rallier la jungle, mon territoire.

« Regardez, on dirait AB Penthéra Pardus, notre ancien chef invincible, le Grand Carnassier ». «Oui, c’est moi». L’accueil fut glacial. Manifestement, je dérangeais. Des jeunes aux dents longues avaient pris ma place au sommet du clan familial. Ils s’étaient évidemment partagé mon harem. Même ma vieille matrone qui feignait de n’être plus en rut depuis des « lustres » était grosse, ne parlons des « donzelles ». Le plus courageux d’entre eux m’a immédiatement défié au combat. Il fallait qu’il s’affirme, spécialement aux yeux des femelles qui seraient tentées de revenir dans mon giron. Bravant les coutumes de la prise du pouvoir, j’ai fui la confrontation en prétextant la fatigue due au voyage. « Les conditions d’un combat loyal ne sont pas réunies ». Habitué à fouiller les poubelles bruxelloises, je n’avais plus la hargne du combattant. J’ai tenté mon terrible feulement, mais à cause de l’hiver rien n’est sorti de ma gorge enrouée, si ce n’est une sorte de ronronnement de chaton, pas de quoi susciter la terreur. L’illusion de ma force d’antan m’a permis de reporter sine die le duel et de m’installer durablement sur le trône sans coup férir. Mes canines saillantes et mes griffes acérées inspiraient le respect.

C’était bien moi, AB Penthéra Pardus, du moins ce qu’il en restait. De retour, mais dans quel état ? Porteur d’un terrible secret. S’ils savaient que le soir avant de dormir je rêvais de macaroni, cela aurait été fini pour moi. Une loi que j’ai promulguée m’obligeait à manger seul derrière un buisson isolé, une sorte de cité interdite. Je badigeonnais mes babines de sang, ensuite je me goinfrais des jacinthes qui flottaient au fil de l’eau, après m’être débarrassé de ma part de gibier dans la rivière.

Sans mesurer leur impact sur l’environnement de la jungle, j’ai imposé mes idées progressistes. Mes sujets médusés entendirent pour la première fois de leur vie parler de cohabitation pacifique avec les groupes rivaux, de gestion commune de la ressource, bref toutes sortes d’idées saugrenues pour eux mais à la mode en Europe. Pour épargner l’espèce humaine, je fis courir la rumeur que leur chair état mortelle. Quelques mois plus tard, les hommes qui n’avaient plus peur de nous ont grignoté une bonne partie de notre territoire, les proies difformes qu’on ne consommait plus ont eu le temps de se reproduire et leurs gênes abîmés se sont répandus au sein de leur descendance comme une traînée de malédictions. Le mariage pour tous a permis aux faibles d’accéder aux femelles et, par conséquent, d’engendrer d’autres faibles. Par ma faute, la sélection naturelle n’opérait plus. On m’a même soupçonné d’avoir amené dans mes « bagages » la rage, une maladie jadis inconnue.

Du haut de mon perchoir royal, sur la branche d’un afromosia, j’étais devenu un donneur de leçons, imbu de sa personne, loin des réalités locales. De simple réfugié en Europe dans un parc communal, je suis passé à « Guide révolutionnaire ». Je me voulais porteur de civilisation et n’ai créé que confusion et désolation. Le progrès existe. Mais la nature met beaucoup de temps à les appliquer. Mon arrogance de félin venu de l’étranger a créé une pagaille indescriptible dans la jungle. Et un jour, ce qui devait arriver arriva. Je fus destitué après avoir été surpris en train de manger une courgette. Un crime abominable pour un léopard.

Désormais banni par ma communauté, je déambule sans but précis dans la forêt vierge comme un loup solitaire. Plus de cour royale, fini mon droit de cuissage. Les lions, les clans rivaux, toute ma famille des félidés se moque de moi. Même les tigres en Inde en rigolent. Les pumas en Amérique du Sud n’en croient pas leurs oreilles. Evidemment, personne ne prend ma défense pour dire que c’est mon séjour en Europe qui m’a tiré vers le bas. Une société aseptisée où les loups sont devenus des chiens. Mes nouveaux amis dans la jungle ? Rien que des « sans-dents » ignobles et pouilleux et aussi un homme « déchu » c’est-à-dire un bantou qui a eu la mauvaise idée de « fricoter » avec une femme pygmée. Tantôt ils me côtoient, tantôt ils se méfient de moi. Je ne mords pas, mais conserve mon odeur de fauve, ma mâchoire de carnassier, ainsi que mes yeux de félin qui brillent la nuit. Ma solitude est insupportable.

Visionnaire incompris dans la jungle africaine, je dois garder la tête haute. Ne jamais oublié mes origines royales. Toujours me rappeler que je suis adulé par une meute de chats de gouttière qui attendent mon retour à Woluwé Saint-Pierre. Je fus un concurrent redoutable pour les renards faméliques qui fouillent les poubelles du lundi soir. A Bruxelles, une place m’attend dans les branches d’un cerisier du Japon en face du restaurant préféré de ma dulcinée. En longeant le cours du Nil, en traversant la mer rouge, en passant par la Syrie, je finirai bien par arriver en Belgique. En chemin, je dois faire un travail intérieur, méditer sur mes erreurs et apprendre à mieux me connaître.

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commentaires

Pivoine 03/03/2017 12:54

J'aimerais tellement pouvoir t'aider, malheureusement je nage en ce moment dans un océan d'incertitudes et de questionnements. .Que les fans de AB PPardus aient la gentillesse de te faire des suggestions, ce serait sympa. Qu'en dis tu?

Alain 03/03/2017 12:16

Oui. J'ai écrit la première version d'une traite. J'étais pressé que tu la lises. Je me relis pour avoir une version plus élaborée. Figure- toi que ce personnage AB Pardus a un succès fou dans mon entourage. Tout le monde veut connaître la suite. J'essaie d'inventer une suite mais c'est tres difficile. Je te demande de l'aide. C'est toi qui a trouvé ce nom. Seule toi connais la suite de notre histoire. Tu as toutes les clés n'est-ce pas ?

Pivoine 03/03/2017 12:00

Timide retour à ce que je vois. Maintenant que tu as titillé mes papilles, m'as sortie du mal qui commençait à m'ensevelir; j'ai retrouvé mon appétit littéraire...te voilà ranger ta vaisselle et retourner dans ta tanière . Pffffffffffff!!!!! lool. Ai-je encore commis une hécatombe affective? Gage "Pense à moi" : https://youtu.be/1dzKwrNSCKo

Pivoine 02/03/2017 15:05

J'ai l'impression qu'il y a eu quelques modifications du texte initial.

Pivoine 02/03/2017 09:23

Merci pour cette magnifique vidéo. Fela KUTI père de l'afro beat, un génie. Il savait harmoniser les sons, marier les instruments, donner du rythme. Ses morceaux sont longs mais pas lassants du tout parce qu'il eut l'intelligence de les parsemer d'improvisations. Il avait une présence scénique hypnotisante. Ses fils sont dans l'imitation du père, c'est bien dommage, à mon humble avis. Il aurait été intéressant qu'ils aient leurs propres identités artistiques, leurs empreintes musicales même s'ils s'inspirent du père. Permets moi d'être encore plus sévère dans la critique, je dirai que le véritable Artiste c'est Fela KUTI, il était dans la création mais ses fils eux sont des commerciaux

Alain 02/03/2017 07:57

J'ai relu mon texte sur l'harmonie. J'ai eu un terrible frisson. Pas mal, pas mal... Le plus étonnant c'est que je l'avais écrit d'une traite. Tu as eu raison de me rappeler ce texte, un peu oublié. Merci !

https://www.youtube.com/watch?v=1WvBAIw-t5E

Pivoine 28/02/2017 22:55

Pas que...!

Alain 28/02/2017 22:35

Ne t'inquiète pas. J'ai une existence numérique !

Pivoine 28/02/2017 21:48

"J’étais devenu un donneur de leçons, imbu de sa personne, loin des réalités locales. Je me voulais porteur de civilisation et n’ai créé que confusion et désolation. Le progrès existe. Mais la nature met beaucoup de temps à les appliquer. Même dans une partition, les changements de tonalités se font progressivement de tons voisins en tons voisins. Ma précipitation et mon arrogance de félin venu d’Europe a créé une pagaille indescriptible dans la jungle." Très profond, ce paragraphe m'interpelle sur trois points :

1) L'attitude et le comportement des personnes venant des pays dits "développés" lorsqu'elles se rendent dans des zones qualifiées de "sous développées".
2) Le respect de la diversité socio-culturelle.
3) L'implication de la population au désir de changement que je considère comme étant un besoin d'amélioration de la qualité de vie tout en préservant sa richesse culturelle et non une assimilation ou un copier-coller des us et coutumes venus d'ailleurs.

AB PPardus malheureux en Amour? Mon oeil va! lool. "Et si tu n'existais pas" interprétée par Hélène Segara : https://youtu.be/qmqruqnj99M

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