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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 13:10

AB Penthéra Pardus III (suite et fin)

Les apparences sont trompeuses. D’après vous, qui est le plus peureux entre une poule et un léopard ? Je vous donne la réponse, c’est le léopard qui a le plus peur parce qu’il pense que les autres possèdent le même instinct de tueur que lui. Son cas personnel est sa seule référence, donc il le généralise aux autres. C’est pour cette raison que vous aurez beaucoup plus de chance de caresser une poule qu’un léopard. En d’autres termes, si le léopard n’avait pas peur comment se fait-il qu’il ne se laisse jamais caresser ? Vous avez un doute et pourtant c’est la vérité. Il faut me croire, c’est un léopard qui vous parle. Dans la même logique, sachez aussi que les dictateurs sont les hommes les plus méfiants et les plus peureux de la terre.

J’ai récupéré ma place dans les branches d’un cerisier du Japon à Woluwé-Saint Pierre. Le fait de tout voir d’en haut m’a rendu philosophe. Je suis AB Panthéra Pardus, végétarien grâce à l’amour. J’ai perdu le goût du sang. Les épreuves m’ont fait grandir, quelque chose en moi a changé bien au-delà de mon régime alimentaire. Je vis débarrassé de mes instincts primaires, loin de la peur. Le tout premier léopard qui se laisse caresser et qui est affectueux. Si vous me donnez de l’amour, en retour vous recevrez mon amour au centuple.

Nous sommes en automne. Le cerisier qui m’abrite a perdu ses fleurs comme moi j’ai perdu mon orgueil d’antan. Ses feuilles ont jauni, ce qui me permet de me camoufler parfaitement grâce à mon pelage beige moucheté de noir. Mais je me demande à quoi cela sert-il de se camoufler si les Hommes ne regardent jamais le ciel, si la personne au bout de la rue ne regarde pas l’horizon. En lisant dans les pensées des Hommes, je n’y vois que des plans à court terme. Même si quelqu’un par hasard me voit, il ne réagit pas, persuadé d’avoir subi une hallucination. On appelle cela, le déni de la réalité, la force des préjugés, le manque de courage dans la défense de ses opinions ou plus simplement la peur du ridicule. « Vous savez, j’ai vu un léopard à Woluwé Saint-Pierre dans les branches d’un cerisier du japon ». Les enfants sont différents des adultes. Ils observent tout. Un jour un enfant a tiré la main de sa maman. « Maman, maman, regard dans l’arbre, c’est un léopard. Je l’ai étudié à l’école. Il s’agit d’un Panthéra Pardus ». « Julien, arrête. Si tu continues ce genre de blague ridicule, je dirai à ton professeur de se limiter à vous parler des caniches ».

A certains endroits de la ville de Bruxelles, je sais que je ferais peur. Par exemple dans le métro, où les navetteurs seraient forcés de me voir. A l’ambassade de la République Démocratique Congo, ils croiraient voir l’esprit réincarné du président Mobutu, l’homme à la toque de léopard. « Ne nous mange pas, nous organiserons les élections, promis ! ». Dans les serres royales de Laeken, on penserait à l’esprit d’un ramasseur de caoutchouc dont on a coupé la main sous Léopold II. Je n’irais pas au zoo d’Anvers pour créer la panique. Mes jeunes rivaux y sont enfermés. On les a capturés peu de temps après mon départ. Ironie du sort, on leur donne des courgettes tous les lundis pour faire des économies sur la viande.

Mais qui vois-je dans l’arbre d’à côté ? Tiens, mais c’est ma dulcinée !

- Que fais-tu là, cela fait dix ans que je te cherche ? Je pensais que tu étais à Paris. J’attendais ton retour ici devant ce restaurant à Woluwé Saint-Pierre. Je me suis découragé un moment et suis reparti dans la jungle. Où étais-tu ?

- Je n’ai jamais bougé de cet arbre.

- Comment se fait-il que je ne te voyais pas ?

- J’ai le même pelage que toi, c’est un camouflage. De plus, j’appartiens à un genre qui ne se donne pas, il faut me mériter. Nous sommes à l’automne de nos vies, sans doute le moment le plus doux pour une rencontre.

- Nous avons perdu du temps, ne crois-tu pas ?

- Non. Aujourd’hui tu as la maturité nécessaire pour me distinguer parmi les branches et les feuilles jaunes de l’automne, hier encore tu étais aveugle comme les Hommes.

Et là, je me suis mis à pleurer à chaudes larmes.

- Comment oses-tu me comparer aux Hommes ?

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commentaires

Pivoine 04/03/2017 12:11

Merci mon très Cher Alain, merci pour tout. S'il y a bien une personne à féliciter ici c'est incontestablement toi. Cette oeuvre est tienne. Dés les premiers instants où j'ai posé mes pieds ici, je suis tombée sous le charme du lieu, de la beauté des écrits, de la simplicité et l'intelligence de l'auteur, de sa culture... Moi, je ne fais que te tenir compagnie avec ma pélote de contradictions et mes crépitements émotionnels. J'attends impatiemment le jour où je tiendrai entre mes mains ton premier livre signé. A partir de ce jour là, tes oeuvres seront mes seuls livres de chevet. Merci d'avoir apprécier cette musique.

Alain 04/03/2017 04:14

C'est probablement la plus belle musique que tu m'aies envoyée. Je me reconnais dans cette musique. Je trouve qu'elle me ressemble. Lis mes textes avec cette musique, tu verras. Si tu l'as choisie c'est que tu me connais très bien. Si c'est la couleur de ton coeur en ce moment, c'est que nous avons des coeurs jumeaux.

Alain 04/03/2017 03:58

Pivoine. Félicitations. Nous devons nous féliciter de notre oeuvre commune. Nous avons créé quelque chose de très beau. Je suis fier de nous. Fier pour nous. C'est beau ! Chapeau !!!!!

Pivoine 03/03/2017 20:26

1) "Si vous me donnez de l’amour, en retour vous recevrez mon amour au centuple" : Je n'en ai jamais douté, sous ton imposante cuirasse se cache un coeur en chocolat que la chaleur d'un Amour sincère fait fondre.

2) "Non. Aujourd’hui tu as la maturité nécessaire pour me distinguer parmi les branches et les feuilles jaunes de l’automne, hier encore tu étais aveugle comme un homme." : C'est troublant, je n'ai pas pu retenir mes larmes. Mon coeur brûle, il est à moitié calciné, précipité dans un gouffre de tourments, ses désirs ne peuvent être entendus, ma réalité m'en empêche. Il y a beaucoup trop de têtes posées sur mes frêles épaules. C'est une situation que je n'ai pas choisi, j'ai été désignée, c'était sa dernière volonté. Je ne pouvais qu'accepter et honorer sa mémoire.

Pour toi EiBinours que j'affectionne tendrement, "Valleys" de John SOKOLOFF. Une musique très mélancolique qui traduit merveilleusement bien la couleur que revêt mon coeur en ce moment, passe un bon week-end Douceur : https://youtu.be/SovVNZM3J1s

Pivoine 03/03/2017 14:12

Des passages troublants!

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