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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 16:48

Je me suis obstiné à vouloir la rencontrer au château et, voilà, je me retrouve sur un bûcher, attaché à un poteau, point de mire de tous les regards. Mon rival, un châtelain moyenâgeux, m’a sévèrement puni pour l’exemple. La pluie a commencé, les gargouilles de la cathédrale crachent des tonnes d'eau sur la foule qui s'est amassée sur le parvis, à quelques encablures du château. La cloche sonne le glas. Toutes sortes de badauds affluent, attirés par mes lamentations d'homme innocent prêt à être sacrifié sur l'autel de l'amour. Je distingue des chevaucheurs, des palefreniers, des pages, des racoleurs, une catin maquillée, un farceur bariolé, un jongleur grimé, quelques troubadours, des officiers du guet, des sergents à verge, des prévôts de la ville, des valets de chambres et de garde-robes, des barbiers, des gentilshommes, un affameur du peuple, deux banquiers usuriers, le compositeur de la cour, et le Grand chambellan qui représente personnellement sa majesté. Le service d'ordre est composé d'archers, d'arquebusiers, d'arbalétriers, d'un lanceur de pierres et de plusieurs gardes suisses.

Bizarrement, il n'y pas de corbeau dans le ciel, ces oiseaux de malheur. Seules des mouettes immaculées venues de la Loire survolent la scène de mon supplice. Soudain, c’est le silence. J’entends le crépitement du feu, le bruit de mon cœur qui bat à tout rompre, puis un roulement de tambours. Le bourreau avance. Par sa démarche gracieuse, je comprends que c’est une femme. Elle porte une longue cape noire capuchonnée et un masque métallique.

Nous sommes en hiver. Le vent froid qui s'engouffre dans la vallée de la Loire vient s'abattre sur mon corps à peine enveloppé de vêtements en guenille, heureusement que la chaleur du bûcher est là pour me réchauffer. Je pleure. Le bourreau s'approche et me demande quelle est ma dernière volonté. A ce moment précis, une rafale de vent soulève sa cape et me permet de constater qu'elle porte des jarretelles et des talons aiguilles. Je lui réponds : « Un baiser de vous ».

Elle se penche, soulève le bas de son masque et me donne un câlin langoureux qui a un goût de fruits rouges et d'agrumes comme tous les vins de Loire. Le peuple est sous le choc par ce spectacle inhabituel à une époque où le dentifrice n'existe pas, où tout le monde a une haleine de cheval et des dents cariées. Sans doute ignore-t-il que le bourreau est une femme. C'est le comble de l'horreur. La foule se disperse. Un moine quitte la scène du supplice en courant. Le tonnerre rugit dans le ciel. Les saintes nitouches sont écarlates. Des bigotes se signent. Un maréchal ferrant s’enfuit en oubliant ses outils. Je reste seul avec elle sur le parvis de la cathédrale. La pluie s'arrête subitement. Les gargouilles n'ont plus rien à cracher, mais gardent leur gueule grande ouverte et nous dévisagent de leurs yeux exorbités. Le feu du bûcher s’est éteint. Un rayon de soleil éclaire son visage masqué qui scintille. «Mais qui êtes-vous ? ». Un silence interminable s’installe. Je sens qu’elle hésite à se dévoiler. Le suspense est intenable. Enfin sa réponse : « Je suis le bourreau de ton cœur. » Sur ces paroles, je me réveille dans mon lit à Auderghem en 2017. J’ouvre mon ordi et reçois la bise matinale d’une internaute dont j’ignore tout.

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