Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 08:38
La nature n'est jamais généreuse 
 
Par Alain Bomboko,
Ingénieur Commercial Solvay
Armateur
 
Actuellement je partage ma vie entre Bruxelles, Kinshasa et Mbandaka. Je suis un armateur. J’ai deux bateaux, et je navigue régulièrement entre Kinshasa et Mbandaka sur le fleuve Congo, soit une distance de 700 km et environ 6 jours de voyage. Je traverse la jungle, la savane boisée, la savane herbeuse, et toutes sortes de paysages magnifiques. J’ai donc l’occasion d’observer de près la nature dans toute sa splendeur. Il m’arrive de passer des journées entières sur mon bateau sans croiser âme qui vive. Je suis alors plongé dans le calme absolu, le repos, la quiétude, le bien-être, loin des tracasseries et des bruits de la vie moderne que nous devons supporter dans nos grandes villes polluées.
 

image-00040.jpg

Mon bateau au Congo

 
Ayant bien observé la nature en R D Congo, je peux vous dire qu’elle est très belle, fascinante et luxuriante. Ce que je peux vous dire aussi c’est qu’elle n’est pas du tout généreuse, parfois dangereux, et presque toujours inhospitalière.
 
 
Nous vivons avec trois mythes tenaces : celui d’Adam et Eve dans le paradis terrestre et dans une moindre mesure avec les mythes de Robinson Crusoé et de Tarzan.
 
 
Sur la ligne de l’Equateur, on s’aperçoit tout de suite que la nature sauvage est au summum de ses capacités productives. Les arbres sont gigantesques, la végétation est surabondante, la faune est variée et omniprésente. Au début je me suis dis c’est « super », je vais pouvoir manger d’excellents fruits « exotiques », cultivés ou sauvages, un peu comme Tarzan qui rentrait de la jungle les bras remplis de fruits tropicaux pour les offrir à Jane, vous vous rappelez sûrement ces scènes-là. J’ai bien vite dû déchanter, dans ces régions équatoriales, il n’y pratiquement pas de fruits. Il y très peu de fruits cultivés, et encore moins des fruits sauvages.
 
 
Après d’âpres recherches, j’ai vu qu’il y avait assez bien d’ananas, des papayes, des bananes (toutes petites), rarement des oranges (de couleur verte) et aussi de la canne à sucre. Pas de mangue.

Mangue.jpg

 
J’ai constaté que les villageois n’étaient pas friands de fruits et de légumes. Ils préfèrent de loin manger un bon gibier ou un bon poisson cuit dans des feuilles de bananier. « Pourquoi perdre son temps à manger des fruits ? »
 
 
Les villageois ne comprenaient pas pourquoi je demandais à manger des fruits avec tant d’insistance. Ils me regardaient avec de grands yeux étonnés « d’où sort-il celui-là ». J’ai fini par comprendre leur réaction. En fait, je demandais une nourriture qui n’intéresse personne et qui est consommée qu’occasionnellement. C’est l’équivalent d’une pâtisserie en Europe. Comment réagiriez-vous si vous rencontrez à Bruxelles par exemple une -grande- personne qui vous demande avec insistance de manger des pâtisseries ?
 
L’image de la nature généreuse, remplie de fruits et de nourriture pour nous les humains, ses enfants chéris, a pris un sérieux coup. Et cette représentation de villageois sains, vivant de la cueillette, en harmonie avec la nature, ne consommant qu’une nourriture équilibrée et variée s’est rapidement effondrée.
 
 
Dans un contexte pareil, même Robinson Crusoé ne tiendrait pas le coup. Une semaine, c’est trop. Et ses eaux de sources limpides qu’on voit à la télé ? Je n’ai rien vu de tout cela. Dans la jungle toutes les eaux sont noirâtres à cause de l’intense décomposition organique. Les villageois la boivent telle qu’elle est. Pour ma part, j’avoue que je n’ai pas osé. Je suis certain que Robinson serait mort après le premier verre.
 
En voyant le peu de variété de la nourriture que consomment les villageois dans les campements, je me suis posé de terribles questions : et si la nature n’avait rien à nous proposer, et si elle n’avait pratiquement rien prévu pour nous nourrir « localement » ?
 
Cette question peut vous surprendre. Et pourtant réfléchissez un peu, sur les milliers d’espèces végétales ou animales combien sont comestibles ?
 
Nous avons l’impression de disposer d’une nourriture riche et variée dans les villes des pays développés. C’est effectivement le cas, grâce aux efforts des hommes qui ont rassemblé des denrées alimentaires en provenance des quatre coins de la planète. C’est un phénomène artificiel. En Belgique, il y a 100 ans, plus de 90 % de la population n’avaient jamais vu une orange.

 
La mangue n’est pas un fruit de l’Afrique, elle a été introduite. Elle provient de l’Inde. Le Cacao, le maïs, le manioc proviennent de l’Amérique du Sud, etc. 
 
Aujourd’hui la nature est à la mode. C’est très bien. Mais nous oublions de mettre l’homme au centre du débat. C’est l’homme, spécialement dans les pays en voie de développement qui doit être au centre de nos préoccupations.
 
 
Pendant que j’écris ces lignes je suis à Bruxelles. Ce matin j’étais dans un supermarché pour faire mes cours. Je sais que ce supermarché appartient à une grande chaîne de distribution qui possède une centrale d’achat, où tous les produits sont contrôlés (respect des normes sanitaires). Dans ce que je vais manger, il y aura sûrement quelques produits génétiquement modifiés en provenance du Brésil ou des Etats-unis. Qui sait si dans ma viande hachée, il n’y a pas un peu de vache folle ou de cochon fou ? Je sais que le poulet que j’ai acheté n’a certainement jamais vu un rayon de soleil. Enfin, j’espère que mes superbes côtes d’agneau ne proviennent pas d’un mouton qui a souffert de la maladie de la langue bleue.
 
 
Dans quelques jours, j’irai revoir mes amis villageois dans la forêt vierge congolaise. Je vais devoir prendre l’avion, et donc contribuer à la pollution des hautes couches atmosphériques. Une fois sur place, je vais leur parler du développement durable, du commerce équitable, de la bio-diversité, de la gestion des écosystèmes, de la sécurité alimentaire, de la lutte contre la pauvreté, du réchauffement climatique, des gaz à effets de serre, des puits de carbone, du protocole de Kyoto, du pacte écologique, de la couche d’ozone, de la fonte de la banquise, des déchets nucléaires, etc. Ils vont de nouveau me regarder avec de grands yeux étonnés. Et à ce moment-là je leur redemanderai une nouvelle fois, s’ils n’ont pas de fruits…

image-00052.jpg

Mon bateau sur le fleuve Congo

 
Certains écologistes amoureux de la nature cachent mal leur manque d’amour pour les hommes. C’est trop facile de faire de l’écologie quand on vient d’un pays riche. Nous nous disons préoccupé par l’avenir de la planète, alors que tout notre confort est basé sur le non-respect des principes écologiques que nous croyons défendre. En plus c’est tellement facile de donner des leçons aux autres. Il faudrait plutôt penser à améliorer les conditions de vie des pauvres populations rurales de l’Afrique. Il faut également les aider à améliorer la qualité nutritionnelle de leur alimentation.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

lydia longo 19/07/2009 02:30

hello !!ce site est tres interessant. mais je suis  a la recherche d'un ami  ALAIN BOMBOKO et  a ma grande surprise apres un beau bout de temp je suis tombee sur ce site et le comble est que vous porter le meme nom . so alain si c'est toi c'est lydia longo fais un signe de vie voila mon cell 214-643-2319

alain Bomboko 27/07/2009 13:50



Merci pour le commentaire. Je te téléphone dès que possible, je pense que tu dois être aux USA. N'est-ce pas ?

Alain



Présentation

  • : Le blog de alain Bomboko
  • Le blog de alain Bomboko
  • : Tout apprendre sur la R D Congo, son histoire & son actualité. Propositions et analyses pour le développement du Congo-Kinshasa
  • Contact

Recherche

Liens