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22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 08:46
Abolition de l’esclavage : points communs entre l’esclavage et l’économie informelle


 L’économie informelle est le nom que l’on donne aux activités économiques pratiquées en Afrique, en dehors du circuit officiel. Dans l’informel tout se traite de la main à la main sans facture, les prix sont constamment discutés, et bien sûr l’impôt n’est jamais prélevé. Cette économie parallèle se caractérise par une très faible productivité. L’effort au travail est faible. Les personnes actives dans ce système économique ne travaillent que quand elles en ont envie.
 
C ‘est une économie de subsistance, où les agriculteurs produisent pour se nourrir, seul le surplus éventuel est mis en vente ou troqué. Aucune épargne n’est pratiquée dans l’économie informelle rurale. Dans certains cas les commerçants urbains de cette économie ont pu se constituer une petite fortune par rapport à leur environnement social. Mais très souvent cet argent est thésaurisé en dessous d’un matelas, et n’intègre pas le circuit monétaire officiel. Le système métrique est ignoré dans les transactions, tout est quantifié par approximation, et la marchandise est souvent rassemblée dans des paniers, des bassins ou disposé en petits tas sur des tables.
 
Ce système économique ressemble sous certains aspects à une économie basée sur l’esclavage. Le premier point commun est le faible taux de productivité, l’esclave n’étant nullement intéressé à élever la productivité au travail.
 
L’esclave non plus ne paie pas d’impôt. L’économie informelle et l’esclavage ne peuvent pas, du fait de leur faible productivité, contribuer significativement à la croissance économique. Seule une augmentation de l’effort au travail ou une augmentation du nombre de travailleur dans ces domaines-là peuvent augmenter la production. Mais comment obtenir d’une personne de l’économie informelle ou d’un esclave une augmentation de l’effort au travail ? Par  la motivation ? 

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Adam Smith écrivait déjà : « L'expérience de tous les temps et de tous les lieux s'accorde à montrer que l'ouvrage fait par des esclaves est, au bout du compte, le plus cher de tous. Celui qui ne peut rien acquérir en propre ne peut avoir d'autre intérêt que de manger le plus possible et de travailler le moins possible. »
 
Le progrès technique, ainsi que l’innovation technologique, source d’amélioration de la productivité ne s’appliquent évidemment pas ni aux secteurs informels, ni aux activités exercées par les esclaves.
 
Le système esclavagiste avait entraîné un grand retard dans le développement technique. Ce retard est particulièrement flagrant aux Etats-Unis entre les Etats du Sud et ceux du Nord à la fin de la guerre de Sécession.
 
L’esclavage pourrait contribuer à la croissance économique à condition d’augmenter constamment le nombre d’esclaves actifs dans les secteurs productifs. Si cette augmentation est trop forte, il arrivera un moment où cette masse de travailleurs qui ne paie pas d’impôt va commencer à devenir une charge pour l’Etat. En plus leur présence importante va créer des tensions sociales dans le pays. Cette classe sociale aura progressivement des revendications. Et comme elle n’a évidemment pas été formée, on n’aura rien à offrir à cette catégorie de personnes.  Les Etats esclavagistes finissent donc toujours par s’effondrer.
 
Pendant l’Antiquité, les Etats esclavagistes en décomposition tombaient souvent sous la domination d’autres, plus puissants précisément parce que l’esclavage y était moins développé et qu’ils disposaient d’un grand nombre de cultivateurs libres qui fournissaient des combattants d’une bonne trempe. La Grèce fut conquise de la sorte par la Macédoine, réduite à son tour en province par les Romains.
 
En R D Congo l’économie formelle avait tellement été désorganisée par les années de dictature de Mobutu et la longue transition animée par Tshishekedi que la part de l’économie informelle a fini par dépasser la part de l’économie formelle. Cette situation a entraîné l’effondrement de l’Etat congolais. Un petit Etat, voisin du Congo, mieux structuré a pu envahir et contrôler le grand Congo presque sans combattre. Les Rwandais d’aujourd’hui seraient-ils équivalents aux Romains de l’Antiquité ?
 
L’économie informelle peut également dans certains cas soutenir une certaine croissance, spécialement quand elle permet à certaines personnes exclues du circuit économique classique de se procurer un petit revenu.
  

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En Afrique, elle constitue parfois une solution choisie, un refuge, et non une fatalité comme c’est le cas pour l’esclavage. L’Etat ne pouvant plus remplir ses obligations, les citoyens se débrouillent comme ils peuvent. Ils cherchent des solutions immédiates à des problèmes immédiats. Dans ce contexte, tout se vend et tout s’achète - phénomène de marchandisation – même les biens et services publics. Ces activités n’étant pas réglementées, ni fiscalisées, avec le temps l’Etat s’appauvrit davantage, et devient de plus en plus incapable d’assumer ces fonctions les plus élémentaires.
 
Le poids de l’économie informelle prend une telle ampleur, qu’on peut légitimement se poser la question de savoir : est-ce que c’est l’économie informelle qui doit se légaliser ou bien les services de l’Etat qui doivent « s’informaliser officiellement ».
 
Pour ma part, je dirais : redonnons à l’Afrique une vraie administration et tout ira mieux. Il faut annuler la dette. Finies les restrictions budgétaires et l’austérité. Engageons des dépenses sociales, et d’infrastructure. Encourageons les initiatives privées dans le transport, la conservation des aliments, la distribution, et le tourisme écologique.
 
La Révolution française a réussi parce qu’elle a aboli l’esclavage, procédé à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, réduit la part de l’économie informelle en imposant le système métrique et en créant le code civil Napoléonien qui a vulgarisé de nouvelles notions telles que le contrat.
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Las bailleurs de fonds internationaux ne font que renforcer l’économie informelle en Afrique – et donc une certaine forme d’esclavage- en refusant de financer le secteur privé. Ils ne financent que les ONG internationales – ces multinationales de l’aide : WWF, Caritas, etc. - qui font de la formation auprès des petits producteurs ruraux, … Elles appellent cela : renforcement de capacité.
 

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commentaires

Fares 22/07/2007 15:11

un article trés interessant et un paralléle entre deux types d'exploitation de main d'oeuvre. Je pense que l'on pourrait déveloper ce thème en ajoutant les problèmes de ceux qui"organisent" le secteur informel. Il y a différents niveaux d'informel et de l'activité "sans factures". Qu'en pensez vous?

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