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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 02:43

Mon bourreau

 

 




Je me suis obstiné à vouloir la rencontrer, et voilà que je me retrouve sur un bûcher, attaché à un poteau, point de mire de tous les  regards.

 

La pluie a commencé, les gargouilles crachent des torrents d'eau sur la foule qui s'est amassée dans la cour du château. Les costumes des badauds sont variés, je distingue : des chevaucheurs, des palefreniers, des pages, des crieurs, des racoleurs, une catin maquillée, un farceur bariolé, un jongleur grimé, des officiers du guets, des sergents à verge, des notaires, des commissaires, des bedeaux, des prévôts de la ville, des officiers de la bouche, des valets de chambres et de garde-robe, des huissiers, des barbiers, des contrôleurs, des gentilshommes, un affameur du peuple, un spéculateur, un banquier usurier, le compositeur de la cour, et des maîtres d'hôtel. Le service d'ordre est composé d'archers, d'arquebusiers, d'arbalétriers, d'un lanceur de pierres, et de gardes suisses.


Bizarrement, il n'y pas de corbeau qui tournent dans le ciel, en survolant la scène de mon supplice, au contraire le crépitement du feu et le bruit de mon cœur, forment un ostinato qui rythme le battement des ailes des mouettes blanches, immaculées, qui viennent de la Loire, attirées par les lamentations d'un homme innocent prêt à être sacrifié sur l'autel de l'amour.

 

Le bourreau est une femme. Elle porte une longue cape noire capuchonnée.

 

Nous sommes en hiver, le vent froid qui s'engouffre dans la vallée de la Loire, vient s'abattre sur mon corps à peine enveloppé par une chemise d'été, que mes gardiens ont volontairement déchirée, heureusement que la chaleur du bûcher est là, pour me réchauffer un peu.

 

Le bourreau s'approche et me demande quelle est ma dernière volonté.

 

A ce moment-là, une rafale de vent soulève sa cape capuchonnée et me permet de constater qu'elle porte une minijupe noire, des bas résille, et des talons aiguilles. Cet anachronisme me fait frissonner.

 

Je lui réponds : « Un baiser de vous ».

 

Alors elle se penche pour me donner un câlin qui a un goût de fruits rouges et d'agrumes comme tous les vins de la Loire.

 

Le peuple est choqué, presque traumatisé par ce à quoi il vient d'assister : un baiser langoureux à une époque où le dentifrice n'existe pas, où tout le monde a une haleine de cheval. C'est le comble de l'horreur.  La foule se disperse.



 

Je reste seul avec elle dans la grande cour. La pluie vient de s'arrêter. Les gargouilles n'ont plus rien à déglutiner, mais gardent leur gueule grande ouverte et nous dévisagent avec des yeux étonnés. Je lui pose la question : « Qui êtes-vous ? ».

 

Elle me répond, pendant qu'un rayon de soleil vient éclairé son visage masqué : « Je suis le bourreau de votre cœur. »  

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