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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 19:01

Ma rencontre avec Cunégonde

 




Paris, 1629
. Qu'est-ce qui fait chaud ce soir à Paris sous le Pont-Neuf, où j'ai élu domicile avec d'autres « sans domicile fixe ». J'essaie de me reposer un peu, mais un balourd enivré m'empêche de dormir en fredonnant des chansons paillardes. Je me lève, me barbouille le visage avec l'eau boueuse et nauséabonde de la Seine, et décide d'aller me promener vers la rue Saint-Germain. Mais avant cette promenade nocturne, il faut que je me trouve quelque chose à manger dans les environs. Je confie tous mes avoirs, c'est-à-dire un baluchon de vêtements sales et pouilleux, à cette canaille à la voix nasillarde, qui chantait tout à l'heure.

 

Je porte des guenilles, que la pluie d'hier a trempées. Dans une de mes poches, je sens la présence d'une pièce de monnaie, cela me suffira. Je trouverais bien une taverne ouverte à cette heure avancée de la nuit pour me sustenter, car je vis dans un quartier très animé, qui ne dort jamais. En effet, à l'entrée du Pont-Neuf, les rues ne désemplissent pas. Le jour, le chaland vient à la recherche d'épices, de draps, de poissons. La nuit, les merciers ferment leurs échoppes, les écrivains publics rangent leurs parchemins, pour laisser la place à d'autres commerces. C'est l'heure, où les corps et les âmes sont à vendre. Les diseuses d'aventure, les coupe-jarrets, les bandits de grands chemins, les fripons, les maquerelles envahissent le quartier.

 

Je suis sur la rue de la Tissanderie, un cortège en provenance du Louvre s'avance dans ma direction. Un cavalier éclaireur ouvre la voie en brandissant un flambeau. Les piétons cèdent le passage, pour ne pas se faire écraser par les sabots des chevaux lancés à vive allure. Une fois à ma hauteur, je reconnais les armoiries dessinées sur la portière, c'est la voiture de Son Eminence le cardinal de Richelieu, suivie par une dizaine de mousquetaires attachés à sa garde personnelle, qui va traverser le pont pour se diriger vers la Bastille.



 

Paris ne sent pas bon. L'air vicié agresse les narines et entre jusqu'à la gorge. Au milieu des ordures et autres immondices, se mêlent des charognes en décomposition. Une eau souillée, si ce n'est de l'urine, jetée d'une fenêtre manque de m'asperger, et termine sa course dans un égout à ciel ouvert, un boulevard pour les rats, qui conduit directement à la seine, ce grand collecteur de déchets.

 

Parmi ces effluves insupportables, je perçois une odeur de ragoût, qui m'attire. Dans cette rue, où les masures se succèdent, je repère un établissement, dont l'enseigne vante les mérites culinaires du chef cuisinier, qui ferait partie de l'ordre des « Trois Couteaux », sans doute une publicité mensongère. Je m'assoie à côté d'un homme, qui mange seul. Je me demande ce qu'il vient d'avaler, juste avant de cracher par terre, et de s'essuyer la bouche avec le revers de la manche. Tout ça ne me rassure pas, loin s'en faut. Une servante, que tout le monde appelle Cunégonde, me propose le potage du jour : un bouillon de pieds de porc. Je choisis de manger une poule d'Inde rôtie avec du pain de seigle. Les produits du nouveau monde sont à la mode.

 

Mon voisin se présente. Il s'appelle Théophraste. C'est un équarrisseur. Il me dit que j'ai eu tort de ne pas commander une entrecôte de cheval. Je n'ose pas lui répondre que si c'était si bon, pourquoi a-t-il craché tout à l'heure. Il me tend la main, que je refuse de serrer. Il y a trop de cas de peste, en ce moment.

 

Ce lieu malfamé se prête aux ripailles, et à la truanderie. Toutes sortes de trafics semblent s'y dérouler, des joueurs de cartes s'invectivent, et ceux de dès en viennent aux mains. Dans un coin, un petit groupe de marchands des Halls vocifère dans une joute verbale, en se demandant si la peau de castor du Québec réchauffe mieux que la peau de lapin du Périgord.

 

La poule d'Inde est servie dans son jus. Je goûte en trempant un morceau de pain rassis dans la sauce, encore fumante. C'est beaucoup trop salé, et il manque du poivre. « Cunégonde... Cunégonde... ». Elle préfère ne pas répondre. La politesse, c'est pour les aristocrates. Ici, on n'a pas le temps. Un sarrasin, aux yeux globuleux, me dévisage, et lorgne sur mon assiette, cela me coupe définitivement l'appétit.

 

Je quitte cet endroit infâme pour rentrer chez moi, sous le pont neuf. Une catin m'aborde. Mais je refuse en pensant à ma dernière vérole. En plus, il faut que je me repose. Demain, je dois nettoyer une boucherie près des faubourgs, en tant que journalier. C'est le boulot que mon voisin de table m'a offert. Cela suffira à m'offrir un repas, le soir. Je retournerai dans cette taverne, mais ce sera seulement pour le plaisir de revoir Cunégonde.

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commentaires

Pivoine 25/03/2009 05:16

Qui souhaitez-vous rencontrer? et pourquoi lui donner votre manuscrit? Pensez-vous qu'elle saura apprécier votre geste?

alain Bomboko 25/03/2009 18:42


Chère Pivoine; La première personne à qui je souhaite offrir mon manuscrit, c'est toi. Mais cela suppose que tu me donnes une adresse. Je ne pense pas que tu le feras. La deuxième personne, c'est
Sophie Marceau. C'est une des rares personnes connues, que je souhaite rencontrer. Je l'admire bcp. J'ai mis les femmes à l'honneur dans mon roman, je pense qu'elle appréciera, en plus elle écrit
des scénarios. Mon roman pourra peut-être lui inspirer un film. Qui sait ?


Pivoine 25/03/2009 05:12

Alain,Je ne pense pas que l'Europe s'en soit sorti, il y a eu certes beaucoup d'évolution mais croyez-moi il y a encore une partie de la société qui reste plongée dans la misère. Comme je l"ai dit plus haut, si l'hémorragie financière n'est pas arrêtée et si les décideurs ne s'attaquent pas aux causes réelles de celle-ci, nous risquons de vivre une deuxième révolution. Le ras le bol est palpable.

Pivoine 21/03/2009 02:23

Cette souffrance est de plus en plus grandisante, majorée par la crise financière. Où va l'humanité?

alain Bomboko 23/03/2009 12:39



L'Europa a connu la misière, au cours de la période que je décris. Elle s'en est sortie. J'espère que l'Afrique ira mieux.

L'histoire de France -ton pays- est passionante : la renaissance (Francois I), Richelieu et Louis XIII, la révolution (Talleyrand, Robespierr) , ..., les châteaux, la musique
baroque, etc.

Est-ce que tu connais des actrices françaises célébres? Il y en a une que j'aimerais tellement rencontrer, à qui j'aimerais offrir mon manuscrit.

A. B.



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