Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 19:49

Un banquier suisse à la retraite

 

 

Ma vie de milliardaire suisse fut bien remplie. J'aurais dû écrire mes mémoires, au moment où j'avais encore toute ma tête. Aujourd'hui, je me bats contre l'Alzheimer, qui ne cesse de progresser. Je ne me souviens déjà plus des prénoms des femmes, que j'ai aimées. C'est assez surprenant que je puisse encore conserver quelques souvenirs de mon enfance. Parfois, je me vois dans ma chambre, entouré de mes jouets préférés. Ces souvenirs fugaces s'estompent progressivement pour laisser la place aux scènes les plus importantes de ma vie, qui occupent encore ce qui me reste de mémoire.

 

Comment oublier ce qui fut ma véritable passion : la haute finance? Je me vois -comme si c'était hier- frauder le fisc, ouvrir des comptes numérotés, blanchir de l'argent sale, échanger des titres aux porteurs non identifiables, créer des sociétés anonymes, spéculer en bourse, me compromettre dans des délits d'initiés, mentir sur la santé financière de Fortis, atterrir à minuit sur la piste de l'aéroport d'un paradis fiscal en jet privé. Que du bonheur !

 

Je crois que je n'aimais pas les étrangers, comme la plupart des Suisses. Mais ce sont les pauvres que nous n'aimons pas,  car il m'arrive de me voir fumer un cigare avec un président sud-américain, trinquer avec un prince arabe, et -pire- partager un steak à l'os saignant avec un dictateur africain, dans un resto chic à Genève. J'ai certainement dû, compte tenu de mes inavouables amitiés, financer des guerres, préfinancer l'achat du coltan du Kivu, revendre des diamant des mouvements rebelles, tremper dans des trafics d'arme, investir dans des champs pétroliers au Soudan. Tout ça était certainement très rentable.

 

Pourquoi n'ai-je jamais été inquiété par la justice de mon pays ? Cette question me paraît trop compliqué, vu mon état de santé. En revanche j'ai une autre interrogation, qui est bien plus à ma portée : qu'est-ce que j'ai mangé hier ? Oui, maintenant je me souviens. C'étaient des pommes de terre, des légumes, et un rôti de porc sorti du Darfour. Non, sorti du four. Alzheimer me fait tout confondre.

 

La crise financière a fait chuté toutes les bourses du monde. Il y aura des pertes d'emploi, c'est sûr. Cela me laisse complètement indifférent. Je regrette une seule chose : on pourrait moins jouer avec leurs économies, en leur vendant des produits financiers toxiques.

 

Il paraît que le G 20 va supprimer les paradis fiscaux, interdire le secret bancaire, réglementer les fonds spéculatifs, lutter contre l'évasion fiscale, et aider les pays du tiers-monde à avoir plus facilement accès aux financements. J'ai entendu cela aux informations. Ce n'est pas possible. J'ai dû mal comprendre. Je suis une fois de plus victime des effets de l'Alzheimer, car les grands argentiers, que nous sommes, se fichent des pays en voie de développement. Si la richesse était équitablement répartie, je n'aurais pas été aussi scandaleusement riche, comme tous mes amis que je rencontrais avec plaisir chaque année, à Davos.



 

Oui, je me le rappelle. Elle s'appelait Solange. Plus précisément Solange Dubois. Non, ce n'était pas ma femme : Anne-Sophie Cunégonde de la Jarretière comtesse de Savigny Périgord. Une grenouille de bénitier. Anne-Sophie était la fille du président de la banque, un bon parti comme on disait à l'époque. De ce que je me souviens, qu'est-ce qu'elle était répugnante, avec ses grosses lunettes, myope comme une taupe. Et son côté sexy ? Pour cela, je préfère encore perdre la mémoire. En revanche Solange était adorable. C'était une jeune stagiaire très dévouée. Elle m'accompagnait souvent dans mes voyages d'affaires. Cachée en deuxième classe, ce n'était pas la bible qu'elle lisait, mais plutôt le kamasoutra, qu'elle a fini par connaître par cœur, si je me fie à ses prouesses.


Mon Dieu, j'ai failli oublier Solange ! Faites dans votre bonté divine qu'elle demeure mon dernier souvenir. Et pourtant, c'est toujours ce visage ridé de la comtesse, que je revois. Serait-ce une punition pour tous ces peuples que j'ai volontairement affamés ?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

dan bomboko 20/06/2009 20:34

Très amusant, très pensif, et malheureusement très réel, un mélange parfait et synergique qui marie humour,  tragédie et sermon… vous avez une imagination pittoresque tonton Alain, coup de chapeau.
Au plaisir de vous relire, prière de rejoindre notre réseau sur  facebook, vous y trouverez nos quelques pensés.  Dan Bomboko ton neveu
 

alain Bomboko 24/06/2009 04:31


Bonjour cher neveu Dan;

Merci pour tes compliments et à bientôt.


Pivoine 17/04/2009 04:07

Contente de vous lire, belle inspiration cher ami. Je m'incline! Je vais y revenir un de ces quatres, je vais me blottir dans les bras de morphée.

alain Bomboko 18/04/2009 12:36


Merci Pivoine, à bientôt.


Présentation

  • : Le blog de alain Bomboko
  • Le blog de alain Bomboko
  • : Tout apprendre sur la R D Congo, son histoire & son actualité. Propositions et analyses pour le développement du Congo-Kinshasa
  • Contact

Recherche

Liens