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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 20:10

Un juge chez son psy

 

 

Elle était allongée dans un grand divan confortable. Son psychiatre tournait autour d’elle, le visage sévère, en train de mettre de l’ordre dans la série de questions qu’il s’apprêtait à lui poser.



 

- Comment vous sentez-vous, aujourd’hui ?

 

- J’ai honte docteur.

 

- Encore vos fantasmes ?

 

- Oui, docteur. Je suis écœurée par mon comportement. Et pourtant, je recommencerai. Vous savez les horreurs dont je suis capable.

 

- C’est le principe de toute addiction. Le cerveau ne se souvient que du plaisir. Et il en redemande.

 

- Je suis sous pression. Je n’en peux plus avec les niaiseries de mon mari et mon travail au tribunal me stresse. Tous ces bandits  que je dois juger, et les sentences qu’il faut prononcer.

 

- Vous traversez une période difficile, qui fait remonter à la surface les démons de votre enfance. Vous avez dû vendre vos charmes pour réussir, pour cacher à vos amis de la haute société vos origines modestes. Un de vos amants a même financé une partie de vos frais de mariage. Vous souffrez d’un manque d’affection, conjugué à un besoin de reconnaissance, que votre père ne vous a pas donnée, et que vous recherchez auprès de vos amants. Cette puissance de séduction que vous exercez sur les hommes, pour vous venger de votre père, c’est cela qui vous excite. C’est cela qui vous permet de décompresser.

 

- Mais pourquoi ce plaisir doit-il être pervers ?

 

- Parce que vous êtes une prédatrice. Une panthère blessée qui doit se repaître de sexe au risque de faire un carnage. Vous recherchez des moments intenses où toutes les barrières socioculturelles s’effondrent pour oublier l’ennui et le stress, qui vous entourent. Et ce sont ces hommes que vous condamnez à longueur de journée, qui vous attirent, car ils ont le pouvoir de vous entraîner hors des sentiers battus, là où vous existez vraiment, là où vos frustrations explosent pour se transformer en plaisir pervers. Racontez-moi ce qui s’est passé cette fois-ci ?

 

- Comme d’habitude, j’ai troqué mon bâton de juge pour un bâton de mascara. Le rituel est immuable : nettoyage, maquillage, coiffure et vêtement. Ensuite, je passe à l’acte. J’avais déjà repairé ma proie : un taulard.

 

Le psy se rapproche de sa patiente, en précipitant le pas. Elle aborde le vif du sujet.

 

- Je suis torse nu devant mon miroir. Mes seins sont magnifiques. Je procède au nettoyage de mon visage avec une solution mousseuse aux extraits d’abricot. Je frotte vigoureusement pour éliminer les cellules mortes. Puis je m’applique une lotion. Mes cheveux ont déjà été lavés par ma coiffeuse, qui m’a fait une coupe et un balayage. Je m’épile les sourcils, pour les remplacer par deux traits réguliers au crayon. Mes paupières sont outrageusement fardées, tandis que mes joues teintes en rose bonbon, sont artificiellement mouchetées de tâches de rousseur. Je borde mes yeux de lourds faux cils, et surcharge ma bouche pulpeuse de rouge à lèvre. Je m’asperge un parfum bon marché, qu’un de mes greffiers m’a offert. J’enfile un tailleur noir, dont la veste à lisière dorée me serre au niveau de la taille. Mon string à ficelle m’a déjà précédé en prison. Vu que je l’avais offert à mon futur amant.

 

- D’après vous, en ce moment précis, qui êtes-vous, la présidente de la cour d’appel, une épouse frustrée ou amante débordante de désir ?

 

- Je suis une simple femme sensuelle au regard langoureux, prête à tout, et que rien ne peut arrêter.

 

- Poursuivez votre histoire.

 

 -Dans l’enceinte de la prison, ma carte de magistrat, comme un sésame, me fait franchir toutes les portes, bien qu’un moment donné un gardien m’ait prise pour une racoleuse, j’ai évité de justesse la garde à vue. Je passe devant la cage aux fous, où on entasse les tueurs en série, je longe le couloir de la mort, en suivant une flèche sous laquelle est écrit : « Grand banditisme ». Dans cette section règne un silence lourd. Ce ne sont pas des bavards. Je me vois dans la peau de Lady Jane qui rend visite à  Billy the Kid, Jesse James, Wes Hardin, Butch Cassidy, Big John, Mister « K », et à toute la famille Dalton.

 

- Tiens, voilà un fantasme intéressant. Poursuivez.

 

-Je repère sa cellule. Je frappe à la porte. Il m’ouvre. Machinalement, je retrouve mon attitude polie et guindée. Et une peur étrange s’empare de moi.


- Je vois. La peur d’être rejetée.

 

- Oui, c’est cela docteur. Le moment de conquête, où on accroche ou pas le désir d’un homme. Je tremble toujours, à cet instant. Quand je m’aperçois que ma proie mord à l’hameçon, mon corps se détend. Je frissonne. La sueur m’envahit à grosses goûtes, sous les bras. Je réprime un rire nerveux, qui en réalité masque un gémissement. Et je lui dis d’une voix ferme, que je sais exactement ce qui lui faut.

 

- Les femmes savent cela d’instinct ?

 

- Oui, docteur.

 

- Poursuivez votre récit. Que s’est-il passé ? 

 

- Je l’embrasse brièvement, car son haleine est infecte, et son baiser est baveux, presque dégoûtant. Sa barbe me pique. Il ne s’est pas rasé. Je lui demande qu’il me remette mon string à ficelle. Ensuite, je quitte la cellule en courant.

 

Le psy qui s’attendait à autre chose, perd tout contrôle et s’exclame : « Vous êtes une sacrée allumeuse ! »

 

 - Vous le pensez vraiment, docteur ?

 

- Effectivement vous l’êtes, et je me demande qui sera votre prochaine victime.

 

- Un peu de patience. Je vous le dirai à la prochaine séance.

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alain Bomboko - dans Humour
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