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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 14:57

Une journée ordinaire à Kinshasa

 

Kinshasa, il est cinq heures du matin. La ville s'éveille tout doucement. Mon appart est progressivement envahi par les premières lueurs du soleil. Les ombres font également leur apparition. Les masques Tshokwé de mon salon sortent de la pénombre, et me dévoilent leurs traits figés. Les moustiques qui m’ont torturé toute la nuit quittent  mon appart et regagnent les flaques d’eau verdâtres clairsemées dans la ville. Les cafards migrent vers les immondices qui s’amoncellent en bas de mon immeuble, dans une sorte de transhumance : la transhumance des cafards, voilà un beau titre de roman ou plutôt d’une thèse de doctorat. Malheureusement pour moi, tout ce beau monde se reverra ce soir dans ma modeste demeure, et les insecticides que j’ai achetés au Aldi à Bruxelles, n’y changeront rien.

 

Il est six heures. Le cri des oiseaux donne un air bucolique à cette grande ville de Kinshasa, de plus en plus polluée et insalubre. Ne  vous y trompez pas, il ne s’agit pas ici de rouges-gorges, ni de pinson qui piaillent, et encore moins de rossignoles qui chantent, mais de corbeaux.  Si la crise continue, et si les services de la voirie persistent à ne pas vouloir collecter les déchets, je ne serais pas étonné de voir un jour des vautours planer sur la ville.

 

Sept heures. Les véhicules entrent en scène. Le grand bal des épaves ambulantes commence : Un véritable vacarme. J’en viens même à regretter le croissement disgracieux des corbeaux. C’est une sorte de concours : à celui dont le moteur fera le plus de bruit. La palm d’or revient à un camion allemand de la seconde guerre mondiale, dont le moteur –à mon avis- a été remplacé par une mitraillette.

 

Huit heures. J’entends en bas de chez moi des voix s’élever au fur et à mesure que les badauds affluent au centre ville. A Kinshasa, beaucoup de business se font grâce aux cris qu’émettent les marchands à la sauvette, ça crie de partout. Il y règne un hululement permanent.   Mais le plus impressionnant, c’est la diversité des voix. Les cireux de chausseurs ont des voix fluettes, ceux qui rabattent les clients pour les taxis sont souvent des ténors, et les vendeurs de coca-cola des barytons, comme Barry White.

 

A midi, il faut passer à table. Bienvenue dans l’empire des sens. La chèvre braisée ne laisse jamais indifférente, ou vous adorez, ou il faudra repasser pour un autre menu.

 

Il est 14 h. Les filles sont belles. Toujours endimanchées, avec leur démarche féline, leurs tresses, leurs pagnes arc-en-ciel, des chemisiers chatoyants sont complices d’une poitrine abondante, et les pantalons sont tellement bas qu’il faudra un jour obliger les Kinoises à porter des bretelles.

 

16 h. En bas de chez moi, c’est la foule qui s’entasse pour attraper un véhicule qui puisse ramener les uns et les autres à la maison. Le métro ?  …C’est pour l'an 2080.

 

La journée s’achève. Le soleil lance ses derniers feux rougeoyants, sur la noirceur de la nuit qui progresse. Les noctambules affûtent leurs armes, pour affronter une ville, où tout est permis, une fois la nuit tombée. Tiens, voilà les premiers moustiques qui reviennent, les cafards ne vont plus tarder. Je vais déverser une poudre insecticide et allumer des bougies à la citronnelle. Ce soir, je gagnerai le combat contre les envahisseurs. Mais mes provisions du Aldi seront bientôt épuisées. Je sais qu’ils reviendront… Eux aussi, le savent.

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commentaires

philippe 28/05/2010 11:51



Hello Euka mon ami,


La poésie qui émane de ces quelques lignes à la fois m'étonne et me fait voyager. Je reviendrai voir ton blog voir comment tu évolues


Bizz



alain Bomboko 28/05/2010 13:43



Merci pour ton commentaire.


Alain



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