La terreur : comparaison entre Robespierre et Mobutu
Le 27 juillet 1793, Robespierre fut nommé au Comité de salut public, organe de gouvernement révolutionnaire. La situation était extrêmement difficile à gérer. Comment gouverner avec une double
base sociale aussi hétérogène : sans-culotterie et bourgeoisie Montagnarde ?
Robespierre, comme son fidèle collègue Saint-Just, demeura prisonnier de ses contradictions : ils étaient l’un et l’autre suffisamment conscients des intérêts de la bourgeoisie pour
s’attacher totalement à la sans-culotterie, mais trop attentifs aux besoins des sans-culottes pour trouver grâce aux yeux des bourgeois. En septembre 1794, Robespierre ne pouvant plus compter sur
« un parti politique discipliné » -les jacobins ainsi les sections populaire-, ni sur une classe sociale entièrement acquise à sa cause, sans base sociale et politique, sa chute
devenait inévitable.

Robespierre
Après son règne la Révolution « bourgeoise » a pu reprendre son cours « normal ». La sans-culotterie a été écarté du pouvoir.
A l’indépendance du Congo, il y avait une situation semblable : un peuple sans cadre congolais pour diriger, une administration et une armée dirigées par les Belges, toute l’économie aux
mains des étrangers qui ont transféré tous les sièges sociaux importants en Europe la veille du jour de la proclamation de l’indépendance. En résumé nous avions une sans-culotterie noire d’un
côté et de l’autre des bourgeois, des nobles et des aristocrates blancs. Donc une base sociale encore plus hétérogène que celle de 1794 en France. Comment gérer une situation pareille ?
Mobutu aussi a été victime des ses contradictions : défenseur du peuple avec sa politique de l’authenticité et pro-occidental par pur réalisme politique. Les deux l’ont lâché. Contrairement
à Robespierre, il a pu durer au pouvoir grâce à son parti unique, le MPR.
Les occidentaux voulant sa perte, ils ont exigé le multipartisme, comme s’ils savaient que cela allait précipiter sa chute. Sans base sociale, en l’absence d’une classe sociale fidèle, et
dans la confusion des nouveaux partis politiques son régime s’est effondré. L’Etat congolais a été entraîné dans la chute, avec les conséquences que tout le monde connaît aujourd’hui.
Les Congolais ont été piégé, ils n’ont rien compris. Le problème du Congo, ce n’était pas Mobutu. La preuve Mobutu est parti, et la situation ne va pas mieux, loin s’en faut. Les Congolais aurait
dû être unis face à la communauté internationale et leur dire d’une seule voix ceci : débarrassez-nous de toutes ces ONG inutiles et de la tutelle FMI-Banque Mondiale, aidez-nous à créer une
véritable classe moyenne, et rétablissons l’autorité de l’Etat. Ensuite nous-mêmes nous cheminerons progressivement sous la pression de la classe moyenne vers une démocratie moderne.
Mobutu
Je ne suis pas persuadé qu’au départ Mobutu, ni Robespierre souhaitaient appliquer une politique de la Terreur. Ils ont été poussés par la « sans-culotterie », à savoir le mouvement
populaire, et les circonstances. Par tradition tous les sans-culottes du monde –et de tout temps- ont une tendance à être violents.
Par les sans-culottes, un terme emprunté à la Révolution française, j’entends le peuple représenté par ses deux composantes : les masses populaires et l’élite intellectuelle issue des masses
populaires.
A la fin du règne de Robespierre, les bourgeois ont repris en main la gestion de la France dans l’intérêt de son développement économique. En revanche à la fin du règne de Mobutu, ses
sans-culottes à lui qu’il contrôlait, ont été remplacés par d’autres sans-culottes… On n’est pas sorti de l’auberge.
Avec la zaïrianisation Mobutu avait pensé créer une classe bourgeoise congolaise, qui aurait peut-être pu lui succéder au pouvoir. Malheureusement au même moment, il y a eu le choc pétrolier de
fin 1973 qui a entraîné une crise économique mondiale.
La chute
Robespierre n’a pas pu stopper la Terreur. C’était comme une machine qui s’est emballée. A un moment donné la Terreur ne se justifiait plus, mais il a persisté. Peut-être avait-il peur que ses
crimes ne le rattrapent. La classe politique française de l’époque, représentée à la Convention nationale a jugé qu’il fallait mettre un terme à tout cela. Finalement il est mort guillotiné comme
la plupart de ses victimes, abandonné par tous.
Mobutu aussi est mort abandonné par tous.